Leçon 2 :Investissements dans l'éducation : cadre théorique

Théorie des « capabilités » de SEN

Amartya Sen, prix Nobel 1998, est actuellement professeur d'économie au Trinity College de Cambridge et professeur visiteur à Harvard (Cambridge, USA) où il enseigne l'économie et la philosophie. Né en Inde en 1933, il y a commencé sa carrière d'universitaire avant de partir en Angleterre ( Cambridge, Oxford) puis aux USA (Harvard) dans les années 1990, avant de revenir en Janvier 1998 au Trinity College de Cambridge.

La contribution révolutionnaire de Sen à l'économie du développement et aux indicateurs sociaux se trouve dans le concept de capabilité développé dans son article Equality of What.

Il défend l'idée que les gouvernements devraient faire attention à la capabilité concrète des citoyens.

Par exemple, pour que les citoyens aient la capacité de voter, ils doivent d'abord avoir des « functionings » ou modes de fonctionnement. Ces modes de fonctionnement sont divers et variés : larges comme l'accessibilité à l'éducation, ou plus spécifiques comme le transport jusqu'au bureau de vote. C'est seulement quand les barrières sont levées qu'on peut dire que le citoyen agit véritablement par choix personnel. C'est à chaque société de faire une liste des capabilités minimales garanties.

L'approche des « capabilités » propose un élargissement et une rénovation de la théorie du capital humain. Il pense l'éducation à partir du pouvoir qu'à l'individu sur sa propre vie.. Il explore une voie nouvelle par laquelle il valorise le bien-être et les avantages qu'une personne peut retirer par ses capacités à effectuer un certain nombre d'actes auxquels elle accorde de la valeur et à être la personne qu'elle souhaite être.

En tant qu'économiste du bien-être, SEN est favorable aux compromis sociaux qui diminuent les disparités dans la liberté de choisir et d'agir. Un monde bon n'est pas seulement un monde dans lequel les individus sont satisfaits de leur sort, mais celui dans lequel ils sont libres de choisir parmi des aspirations possibles, de manière que ce à quoi ils aspirent ne soit pas déterminé par la loterie du hasard, mais par leur propre liberté.

L'analyse des inégalités doit tenir compte de la capacité des uns et des autres à exercer les libertés de base ; Ainsi une personne peut disposer d'une ration alimentaire abondante mais d'une moindre liberté de mener une existence de personne bien nourrie, en raison d'une grande vulnérabilité à certaines maladies (cas par exemple d'un diabétique)

Des facteurs biologiques et socioculturels peuvent désavantager une femme quand bien même elle a à sa disposition les mêmes quantités de biens premiers qu'un homme.

Sen considère la liberté comme un produit qui a une valeur. C'est une vision holiste de la liberté qui découle de l'organisation sociale.

  • Les libertés politiques : l'ensemble des libertés offertes aux individus de s'exprimer, de voter, de s'opposer ou de s'organiser en association;

  • Les facilités économiques : l'ensemble des opportunités offertes aux individus d'utiliser les ressources économiques ;

  • Les opportunités sociales : l'ensemble des services publics;

  • Les garanties de transparence: la liberté de traiter dans les relations sociales de façon claire et licite;

  • La sécurité protectrice : l'ensemble des libertés sociales accordées aux plus vulnérables.

Pour SEN la liberté en sens positif doit tenir compte de ce que l'individu est capable d'accomplir. Sen intègre dans sa vision la diversité individuelle. L'évaluation des difficultés doit tenir compte des contextes et des caractéristiques diverses des individus. Il faut tenir compte des conditions d'action des individus. Les conditions d'existence et d'action des individus sont autant de modalites de fonctionnements humains. Avec l'approche de SEN, c'est un défi pour les Systèmes éducatifs : Former pour inculquer les “Capabilités” de manière à passer d'une logique du savoir comme fin à une logique du savoir comme outil indispensable pour agir, pour comprendre le monde et avoir prise sur lui.

Les recherches les plus récentes confirment que le niveau de formation a un impact majeur sur le niveau de vie. Ces études mettent en évidence l'impact du capital humain sur tous les aspects du bien-être : on constate une corrélation entre l'élévation du capital humain et la réduction des inégalités de revenu, l'amélioration de la santé, le recul de la délinquance, la participation à la vie publique. Cependant, l''éducation n'a pas contribué à réduire l'écart entre groupes sociaux Les inégalités de revenus tirés de l'emploi s'accroissent depuis les années 80.

Les écarts entre pays du nord et du sud demeurent, et les pays d'Afrique subsaharienne sont en retard au plan de la scolarisation universelle. Trois facteurs d'inégalités, qui sont à la base de l'inégalité des chances, peuvent expliquer les écarts de résultats scolaires dans l'ensemble des pays : -les différentes possibilités d'apprendre en dehors de l'école ; les taux différents de poursuite des études et de possibilités d'intégrer de « bonnes » filières ; les différences de développement global de l'enseignement ; l'exclusion se construit parfois dès le début de la formation initiale ; l'échec est plus faible lorsque la sortie du système éducatif est plus tardive.

Appropriation des concepts d'équité/égalité des chances (banque mondiale/2006)

La définition de l'équité retenue par le Rapport tout en mettant l'accent sur l'égalisation des chances individuelles elle n'omet pas de compléter ce point de vue par la garantie d'un certain nombre de réalisations fondamentales.

L'égalité des chances : selon ce principe, les résultats atteints par une personne au cours de sa vie dans différentes dimensions (économiques, sociales et politiques) doivent être indépendants de son milieu d'origine (genre, race, lieu de naissance, origines familiales, groupe social, etc.).

L'absence de privations absolues : ce principe complémentaire du premier peut être justifié par le fait que même une société régie par l'égalité des chances doit assurer une vie décente à tous ses membres, en les plaçant au-dessus d'un seuil de pauvreté absolue déterminé, quel que soit leur « mérite » respectif.

PrécédentPrécédentSuivantSuivant
AccueilAccueilImprimerImprimerRéalisé avec Scenari (nouvelle fenêtre)