Leçon 2 : Politiques macroéconomiques de réduction de la pauvreté

Gestion des finances publiques, politique budgétaire et redistribution

La gestion des finance publiques en relation avec la les politique budgétaire de redistribution passe par une politique de croissance pro-pauvre et une politique budgétaire fiscale qui réduit les inégalités.

Croissance Pro-pauvre

  • Croissance /pauvreté / inégalités

    • Croissance pro-pauvre ou inégalitaire

    • Débats importants

      – croissance pro-pauvre si son taux est supérieur pour les pauvres que pour les non-pauvres, c.a.d. si baisse des inégalités (Kakwani).

      – Toute croissance qui fait baisser un indicateur de pauvreté, c.a.d. qui bénéficied aux pauvres, même si elle bénéficie également aux plus riches (Ravallion).

    • Depuis les années 90, on constate que l'incidence de la pauvreté tend à diminuer avec la croissance (Ravallion).

  • Le Problème de la mesure de la pauvreté

    • Exemple: la croissance chinoise

      - Si mesurée par le pouvoir d'achat des pauvres, croissance pro-pauvre (de 64% à moins de 15% de pauvres) (vision absolue)

      - Si mesurée par un indicateur de pauvreté corrigé par les inégalités, alors résultat moins évident (vision relative)

      - La Chine pourrait avoir réduit sa pauvreté encore plus si la croissance avait été plus équilibrée par régions et secteurs.

    • Ravallion and Chen (2003) Growth incidence curves

      - Croissance chinoise pro-pauvre car : – Première phase de croissance agricole a été très équitablement répartie (répartition équitable des terres, baisse des impôts sur agriculture, stabilité macroéconomique).

  • Politiques de croissance pro-pauvre

    Croissance pro-pauvre dépend de deux facteurs :

    • La vitesse et la stabilité de la croissance

    • La répartition de ses gains plus favorable aux plus pauvres

    • Les facteurs spécifiques: conditions initiales, institutions, équilibres sociopolitiques, politiques

    Politiques de croissance pro-pauvres doivent avoir un caractère redistributif

    Risques de contradictions entre les facteurs de la croissance rapide et ceux de la réduction des inégalités?

Liens inégalités/croissance

Liens croissance : inégalités

  • Théorie standard

    croissance devrait d'abord augmenter les inégalités en profitant aux plus riches

    puis par les mécanismes de marché (trickle down) et la redistribution par l'Etat devraient réduire la pauvreté et les inégalités

  • Nouveaux modèles

    Croissance basée sur l'innovation (et le capital humain) a des effets inégalitaires plus élevés que la croissance basée sur l'accumulation

    Effets ambigus sur l'investissement en capital humain

  • Travaux empiriques ne confirment pas l'effet de la croissance sur les inégalités, ni l'existence d'un cercle vertueux par lequel une croissance plus élevée réduirait mécaniquement les inégalités dans les pays en développement

    – Deininger and Squire (1996), Chen and Ravallion (1997), Easterly (1999), Dollar and Kraay (2002)

    – Stratégie de croissance seule n'est pas suffisante pour réduire la pauvreté et les inégalités.

Liens croissance : inégalités

  • La pauvreté et les inégalités initiales peuvent-elles bloquer la poursuite de la croissance?

  • Inégalités / conflits / redistribution

    – Canal des propensions à épargner (Kaldor; Bourguignon, 1981)

    – Canal de l'économie politique (Alesina and Rodrik, 1994)

    – Canal du conflit (Alesina and Perotti, 1996)

    – Canal des imperfections du marché du crédit (Aghion et al, 1999)

  • Effets des inégalités différents selon le régime de croissance (Galor, 2010)

    – Régime post-malthusien:

  • Accumulation de capital physique

  • Accroît les inégalités

  • Effet positif des inégalités sur la croissance

    – Régime moderne:

  • Accumulation de capital humain complémentaire à accumulation de capital physique

  • Effet négatif des inégalités sur la croissance (Galor and Zeira, 1993)

  • Lorsque contraintes fortes sur le crédit.

Études empiriques

Impact of growth on income distribution.

– Dollar and Kraay (2002) pas d'impact; Easterly (1999) pas d'impact; Chen and Ravallion (1997) pas d'impact; Deininger and Squire (1996) pas d'impact; Barro (2008) U inversé.

Impact of income inequality on growth.

– Forbes (2000) impact positif; Li and Zhou (1998) ) impact positif; Barro (2000) pas d'impact; Lopez (2004) pas d'impact; Alesina and Rodrik (1994) impact négatif; Perotti (1996) impact negatif; Berg and Ostry (2008) impact négatif sur durée de la croissance.

Impact of asset inequality on growth.

– Deininger and Squire (1998) impact negatif; Birdsall and Londono (1997) impact negatif.

• Impact of redistribution (tax rates) on growth.

– Easterly and Rebelo (1993) ) impact positif; Perotti (1996) ) impact positif.

Liens changement structurel / Inégalités croissance déséquilibrée

Croissance déséquilibrée et inégalité

  • Croissance déséquilibrée créatrice d'inégalités (Ray, 2011)

  • Nombreux phénomènes de croissance déséquilibrée

    – Changements intra- et inter-sectoriels

    – Changement dans la composition de la demande

    – Ces phénomènes cumulent/compensent leurs effets sur la distribution des revenus

    – économie dualiste

  • Secteur traditionnel T (consommateurs pauvres / Lnq / consomment T)

  • Secteur moderne M (consommateurs riches / Lq / consomment M)

  • Demande des riches T ne profite pas aux pauvres Lnq

  • Ségrégation sociale et économique pas de trickle down

  • Phénomènes renforcés par la globalisation

    – Spécialisations peuvent réduire les inégalités dans les pays pauvres (spécialisation dans Lnq), mais les augmenter dans les pays à revenu intermédiaire (spécialisation dans Lq, et Lnq dans secteurs non exportateurs)

    – Importance des conditions initiales (infrastructures, institutions) dans les dynamiques de spécialisation et dans la capacité à capter les gains des changements dans la composition de la demande.

  • Effets du changement structurel sur les inégalités

    Ouverture croissante des pays en développement

    Changements structurels inter- et intra-sectoriels

    • Augmentation généralisée de la prime de qualification contreintuitive

    • HOS / SS: inégalités devraient baisser dans les économies richement dotées en travail non qualifié

    • Explications par les changements structurels au niveau des firmes et des secteurs

      – Feenstra and Hanson (1996)

    • décomposition de la production en une succession de tâches allant des plus intensives en travail non qualifié aux plus intensives en travail qualifié

    • les tâches qui sont relativement les moins intensives en travail qualifié du nord soient transférées au sud où elles deviennent les tâches relativement les plus intensives en travail qualifié

      – Melitz (2003): φ*< φ < φ*x avec le seuil d'équilibre de productivité pour se maintenir sur le marché est supérieur en libre échange à ce qu'il est en autarcie: φ*>φ*a

      – Egger and Kreickemeier (2009): salaire d'efficience -> inégalités

      – Helpman, Istkhoki and Redding (2010): appariement -> inégalités

  • Vérifications empiriques

    • Les réformes de libéralisation et d'ouverture croissante aux IDE des années 1990 ont systématiquement, et souvent les Gini d'inégalités (Goldberg and Pavcnik, 2003)

    • Explications

      – Augmentation des primes de qualifications

      – Ajustements sectoriels

    • Augmentation des entrées dans le secteur informel et dans le sous-emploi peu rémunéré

    • Augmentation de la sous-utilisation du travail qualifié lorsque spécialisation dans les biens intensifs en travail peu qualifié (Brésil).

Contrat social et développement

Réactions à la croissance déséquilibrée

  • Problème lié aux inégalités dès lors que les différents secteurs et groupes ne sont pas totalement isolés

  • Inégalités et perceptions des inégalités

    – Tunnel de Hirschman

    – Inégalités verticales et horizontales

  • Réactions aux inégalités

    – Le déséquilibre, sans redistribution correspondante, peut être toléré seulement si il améliore les anticipations (expectations) dans tous les secteurs/groupes

  • Effectivité du « trickle down » intersectoriel par la matrice input-output

  • Ajustement des choix occupationnels par investissement dans le capital humain (surtout des enfants)

  • Mobilités spatiales

    – Sinon, des forces joueront pour restaurer plus d'équilibre (même si c'est au prix de la croissance)

  • Redistribution (subventions, taxation, règles salariales, protections)

  • Sinon, conflit alimenté par la frustration

    – Importance de l'économie politique de l'allocation inter-sectorielle ou inter-groupes (politique industrielle ainsi que politique de redistribution ciblée): arbitrage entre stabilité sociale/stabilité des rentes/croissance.

Économie politique du changement structurel

Gagnants / perdants

  • Lorsque bénéfices potentiellement concentrés (trickle down limité) et coûts diffus, risque important de conflit

  • Exemple des achats de terres dans les districts de Singur et Nandigram (West bengal) pour installer clusters automobile et chimique: conflits violents, échec de l'investissement.

    - Gagnants: firmes multinationales et leurs salariés

    - Perdants: agriculteurs pauvres

  • Ressources publiques rares  : Arbitrages entre secteurs

  • Influence des groupes de pression: problème de la qualité de l'information et de l'asymétrie d'influence en fonction des ressources privées

  • Possibilité de mauvais choix d'allocation des ressources publiques

Contrat social

  • Contrat social = équilibre sociopolitique

    – Niveau acceptable d'inégalités

    – Niveau acceptable de redistribution

  • Dépend des hypothèses sur les coûts/bénéfices de la redistribution

    – Effets négatifs nets si baisse de l'investissement en capital

    – Effets positifs nets si baisse de l'investissement est plus que compensée par augmentation du revenu agrégé et augmentation de l'investissement en capital humain

  • Support pour la redistribution différencié selon les groupes sociaux et la stratification sociale

    – Support élevés pour redistribution à niveaux faibles d'inégalités (redistribution peu coûteuse et effets positifs très élevés)

    – Support élevé également à des niveaux élevés d'inégalités (pression plus forte des pauvres)

    – Moins de redistribution aux niveaux intermédiaires (peu de pauvres, redistribution plus coûteuse collectivement pour classes dont les revenus augmentent plus vite).

  • B<0 (pertes sèches); B = 0 pas de coût; B > 0 (gains nets positifs)

  • Lorsque B >0: effets nets positifs de la redistribution (augmentation de la

    taille du revenu, I en capital humain > baisse de l'investissement en K

    physique)

Changement de contrat social au Brésil (Alston et al., 2013)

  • Brésil (post-1985, chute du régime militaire): glissement des croyances supportant le contrat social de l'objectif de croissance, même avec inégalités fortes S1, à celui de l'inclusion sociale et de l'accès ouvert S2

    – Première phase: recherche de l'inclusion, sans contrôle fiscal

    (hyperinflation)  : dissipation des ressources

    – Deuxième phase: augmentation de l'inclusion, fiscalement soutenable  : efficacité

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