Leçon 4 : La théorie de l'information

Asymétrie d'information et marché du travail

On distinguera l'apport de J. Stiglitz de celui de Spence. Le premier explique pourquoi l'économie de marché conduit, contrairement à la théorie, au sous-emploi. Le second précise les conditions d'embauche en asymétrie d'information.

Économie de marché et sous-emploi

Pour Stiglitz, non seulement l'asymétrie d'information conduit à un ajustement qui privilégie davantage le mouvement des quantités produites que le mouvement des prix, mais aussi est à l'origine du salaire d'efficience supérieur à celui qui serait celui du marché. Plutôt que de privilégier l'approche de salaire individualisé à un salarié, Stiglitz, partant du principe que l'employeur est seul en mesure d'apprécier l'efficacité de l'ensemble des salariés ou d'une partie des salariés, propose de fixer d'entrée de jeu un salaire supérieur à celui du marché. Ce qui conduit celui ou celle qui en bénéficie à travailler davantage et à travailler mieux. En cas de perte d'emploi, celui ou celle qui bénéficie du salaire d'efficience à peu de chance de retrouver du travail aux mêmes conditions, supérieures à celle du marché.

Les chefs d'entreprise n'ont pas toujours les moyens de vérifier que les salariés ne flânent pas. Il est bien sûr possible d'augmenter les contrôles et la surveillance, mais cela a des coûts considérables. Pour inciter le travailleur à mieux produire, il reste la possibilité de lui offrir des primes en fonction de sa productivité, mais cette productivité est justement souvent difficile à évaluer. Shapiro et Stiglitz dans le cadre de la théorie du salaire d'efficience, montrent que le meilleur moyen est de rendre la sanction assez forte pour qu'elle compense la faible probabilité d'être démasqué. La sanction étant le licenciement, celui-ci ne sera une bonne arme contre l'aléa moral que si le taux de chômage est élevé (et donc le risque de ne pas retrouver un emploi est important) ou si le salaire offert par l'entreprise (et donc perdu en cas de licenciement) est supérieur au salaire du marché, c'est-à-dire au salaire auquel le salarié licencié peut espérer être réembauché.

Ce salaire qualifié de salaire d'efficience, a aussi un effet pervers, celui d'accroître le chômage, du fait de l'amélioration de la productivité. Cette situation paradoxale est le fait d'un constat, celui de la difficulté, voire celui de l'incapacité à pouvoir identifier la performance individuelle des salariés à leur salaire.

La théorie des signaux de Spence

Compte tenu de l'asymétrie d'information sur le marché du travail, qui entraîne l'ignorance des caractères personnels des candidats et candidates, de leurs conséquences sur le fonctionnement du marché du travail, Spence recommande de s'appuyer sur des signaux, comme le diplôme, pour sélectionner le bon candidat. A tort ou à raison, le bon candidat sera celui signalé par un diplôme. La formation n'a donc plus comme priorité absolue d'accroître la productivité, mais de fournir au marché un signal qui exclut de ce même marché les non diplômés ou les mal diplômés (diplôme non reconnu ou mal reconnu), ce qui conduit là encore à accroître le taux de chômage, et ce quelles que soient les prétentions salariales de ces derniers. Pour Spence, on peut généraliser le raisonnement à d'autres produits, ainsi la publicité serait un autre signal, de ceux qui croient en leur produit, et sont prêts à engager pour eux des dépenses publicitaires. Dans tous les cas, la théorie de signaux vient faciliter le choix garant d'une meilleure productivité, rendue difficile par l'absence de transparence et/ou par l'asymétrie d'information.

Conclusion

L'asymétrie d'information se traduit par un constat : entre le vendeur et l'acheteur, l'un en sait plus que l'autre sur la qualité et les composantes du marché. L'aléa moral, encore appelé hasard moral, se définit comme les modifications de comportements que peut amener la signature d'un contrat. La sélection adverse conduit, compte tenu de l'asymétrie d'information, à exclure du marché les produits de meilleure qualité au profit des produits de moindre qualité. Le salaire d'efficience conduit à proposer aux salariés un salaire supérieur au prix du marché, qualifié de salaire d'efficience afin de les encourager à travailler mieux et à travailler davantage. La théorie des signaux permet de contourner l'obstacle de l'asymétrie d'information en identifiant le diplôme à un signal de qualité du demandeur d'emploi, les dépenses publicitaires, à un signal de qualité des produits pour lesquels on accepte de faire ces dépenses. Ces théories stipulent que les agents sont rationnels et intéressés. La réalité sociale nous montre que la satisfaction d'avoir bien fait son travail est souvent une motivation aussi puissante que celle de gagner plus d'argent. Tous les individus ne sont pas des opportunistes cherchant à profiter de l'asymétrie de l'information.

Mots-clés :

Asymétrie d'information ;

Information complète, parfaite et imparfaite ;

Sélection adverse ;

Salaire d'efficience ;

Théorie du signal.

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