Leçon 2 : Les indicateurs de développement durable

Définitions des indicateurs de développement durable

Le concept

Le concept d'indicateur revêt plusieurs significations, qu'il convient de rappeler pour situer les indicateurs de développement durable :

  1. En statistique, l'indicateur est Selon le dictionnaire AFNOR du développement durable (Brodhag et al 2004), « un paramètre, ou valeur dérivée d'un paramètre, qui donne des informations sur un phénomène ».

  2. En méthodologie de la recherche , le concept d'indicateur renvoie à l'opérationnalisation des théories. Il désigne la traduction de concepts théoriques en variables observables, en vue de la vérification empirique des hypothèses scientifiques.

  3. En politique sociale, , le concept d'indicateur renvoie aux normes et aux valeurs qui sous-tendent les décisions publiques. Il s'agit en général en politique sociale d'un indice, c'est-à-dire d'un indicateur synthétique construit en agrégeant d'autres indicateurs, comme par exemple l'indice de développement humain (IDH) du PNUD. On parle en ce sens d'indicateurs sociaux.

Les indicateurs de développement durable se situent dans cette dernière catégorie, qui connaît une grande vogue depuis quelques décennies, en rapport avec la recherche d'une mesure plus adéquate du bien-être et du développement humain, et en référence à la notion de durabilité et de développement durable. Selon le dictionnaire AFNOR du développement durable, les indicateurs de développement durable permettent d'évaluer l'état et l'évolution de l'environnement selon des critères économiques, biophysiques et sociaux. Ils visent à sim-plifier une information complexe, et à la communiquer sous une forme utilisable pour la politique économique.

L'indicateur de développement durable n'a donc de sens, que par référence aux normes et valeurs sous-jacentes à la durabilité. La définition du rapport Brundtland se réfère aux « besoins et aspirations » des générations actuelles et futures, renvoyant ainsi aux valeurs et normes de bien-être humain comme critère de durabilité. Ce critère est à son tour indissociable du système d'indicateurs de référence, c'est-à-dire l'ensemble des indicateurs élémentaires dont l'interaction permet d'évaluer l'état et l'évolution du bien-être.

La typologie des indicateurs

Boulanger (2004) distingue quatre grandes catégories de référence pour la classification des indicateurs de développement durable : les secteurs (ou systèmes) socio-naturels, les ressources, les hommes (le bien-être), les normes.

Par rapport à ces références, on peut distinguer six principaux systèmes d'indicateurs de développement durable :

  • Les indicateurs « Pression – État – Réponse » ;

  • Les indicateurs « économique-social-environnemental » ;

  • Les indicateurs synthétiques.

  • Les indicateurs de découplage ;

  • La classification selon l'approche par capitaux ;

  • La classification selon la stratégie nationale de développement durable.

Les indicateurs « Pression-Etat-Réponse » (PER)

« Pression-Etat-Réponse » (PER) est un condensé de la séquence « Force directrice-Pression-Etat-Impact-Réponse (DPEIR), en anglais « Driving force-Pressure-State-Impact- Response » (DPSIR). La séquence sous-jacente est la suivante :

  1. Les activités et processus humains constituent les forces directrices du système représenté : la production de biens et services, la consommation, etc

  2. Ces activités exercent des pressions sur les ressources environnementales et humaines, sous forme d'émissions de polluants et de gaz à effet de serre, de chômage, etc

  3. L'état de l'environnement (l'écosystème) est affecté, notamment à travers la modification de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, etc.

  4. Ces changements induisent en retour des impacts sur la santé, sur la biodiversité et sur les activités économiques : la mortalité due à certaines formes de pollution, certains problèmes de santé, etc.

  5. La réponse désigne les choix politiques et sociétaux pour faire face à ces impacts : le niveau des dépenses publiques, l'existence de revenus minimum d'existence, etc. »

Cette classification est utilisée par une majorité d'institutions et de pays, notamment par l'OCDE et la Commission du développement durable des Nations Unies (CDD). L'OCDE a constitué une banque de 45 indicateurs approuvée en 2001 (lancés en 1989) et mise à jour régulièrement. Les indicateurs de l'OCDE constituent une référence pour tous les producteurs d'indicateurs de durabilité pour l'évaluation environnementale. Quant à la CDD, elle a soumis dans les années 90 à la discussion internationale 132 indicateurs classés en « indicateurs de pression », « indicateurs d'état » et « indicateurs de réponse ».

Les indicateurs « économique-social-environnemental »

Ils sont basés sur la décomposition du développement durable en trois dimensions, écono-mique, sociale, et environnementale, débouchant sur des listes d'indicateurs sélectionnés de façon à représenter de façon équilibrée ces dimensions. En outre, il s'agit de mettre en lumière les interactions.

Cette classification est également très répandue, et souvent utilisée en combinaison avec la classification PER. Elle est utilisée notamment par la Commission Développement Durable des Nations Unies (CDD) qui inclut, en outre, une dimension institutionnelle relative à l'organisation sociale et politique. Une liste de 130 indicateurs (54 environnementaux, 41 sociaux, 26 économiques et 9 institutionnels) proposée par la CDD a été testée par différents pays du monde. Elle est en constante évolution et diffère selon les pays La Communauté européenne a repris 40 des indicateurs de la CDD, jugés adaptés à la situation européenne, dont 9 économiques, 14 sociaux, 21 environnementaux, et 2 pour les institutions (dépenses de recherche et développement en pourcentage du PIB, nombre de lignes téléphoniques pour 100 habitants).

Les indicateurs synthétiques (ou indices)

Les indicateurs synthétiques agrègent plusieurs indicateurs élémentaires, en vue de comparer et classer les pays selon leurs performances en matière de bien-être, d'environnement et de développement durable. L'utilisation des indicateurs synthétiques en tant qu'outils de com-munication et d'analyse se généralise du fait de leur capacité à intégrer de grandes quantités d'informations sous une forme facile à comprendre pour le grand public. Ils permettent de limiter le nombre de statistiques présentées et se prêtent à une comparaison rapide des per-formances nationales. Parmi les exemples les plus courants figurent :

  • L'Indice de durabilité environnementale (IDE) (Environmental Sustainability Index-ESI Conçu par le World Economic Forum (2002) et ses partenaires (universités Yale et Columbia). L'ESI est calculé à partir d'une liste de 76 variables de base intégrées à 21 indicateurs intermédiaires. Les 21 indicateurs pris en compte sont notamment la qualité de l'air et de l'eau, la biodiversité, l'artificialisation du territoire, les contraintes sur les écosystèmes, les déchets, la gestion des ressources naturelles, la politique de l'environnement, etc. Il existe deux ESI, ESI1 et ESI2 (Ecological Sustainability Index 1 et 2) le premier étant un indicateur d'état et le second un indicateur de pression. Ces indices utilisent les indicateurs d'état et de pression de la Commission du développement durable des Nations Unies pour traduire les interactions entre les per-formances environnementales et économiques.

  • L'indice de performance environnementale (IPE)

    L'indice de performance environnementale (EPI) cherche à évaluer l'efficacité des politiques environnementales d'un pays à un moment donné par référence à des normes nationales ou internationales établies par des experts. Il est basé sur une liste de 16 indicateurs, relatifs aux thèmes suivants : qualité de l'air, mortalité infantile, pollution de l'air-habitat, eau potable, système sanitaire, particules urbaines, ozone régional, charge azote, consommation d'eau, protection de la nature, protection d'une zone écologique, taux de coupe de bois, subventions agricoles, surpêche, efficacité énergétique, énergies renouvelables, rapport CO2/PNB. Ces indicateurs sont reliés à chacune des six politiques publiques suivantes : ressources en eau, ressources naturelles, énergies renouvelables, biodiversité, santé et environnement. Pour rendre les 16 indicateurs comparables, chacun est converti en une valeur relative à la cible, avec une échelle comprise entre 0 et 100. Les scores obtenus sont ensuite agrégés avec un système de pondérations, le résultat final étant une note sur 100. Cet indicateur fournit des informations à la direction d'un organisme pour influencer ses permanences environnementales. Il s'agit surtout des séries de normes (ici ISO 14031) établies par l'Organisation internationale des normes (en anglais International Standard Organization – ISO).

  • L'Empreinte écologique, conçu par Mathis Wackernagel (Université de Vancouver, sous la responsabilité de William Rees), qui a créé l'organisation Global Footprint Network chargée de son élaboration. L'empreinte écologique correspond à la surface productive nécessaire à une personne ou à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins d'absorption de déchets. Cet indicateur utilise une série d'indicateurs pour mesurer la surface de terres réutilisables et non réutilisables nécessaire pour satisfaire une demande de ressources. Il permet de calculer le déficit ou le crédit écologique d'un pays, comme le rapport entre son empreinte écologique et sa biocapacité, définie comme la surface productive disponible d'un pays. Ce calcul permet d'estimer si le pays vit au-dessus de ses moyens et s'il doit importer des ressources de l'étranger pour assurer sa subsistance.

  • L'Indice de Développement Humain (IDH), élaboré par le PNUD (depuis 1991), agrège des indicateurs relatifs à trois dimensions du développement : la longévité (espérance de vie à la naissance), les connaissances (alphabétisation des adultes et moyenne des années de scolarité) et le revenu (parité du pouvoir d'achat exprimé en dollars par habitant). Il a été créé pour donner une vision plus juste de la qualité de vie par rapport au PIB. C'est l'indice le plus couramment utilisé.

  • Le Tableau de bord du développement soutenable,  qui met en relation 100 indicateurs économiques, environnementaux et sociaux et examine leurs interactions à l'échelle des pays.

  • L'Indice de Gini est couramment utilisé pour illustrer les écarts de distribution de la richesse entre riches et pauvres. L'indice mesure la distribution des revenus ou des dépenses à la consommation par rapport à une distribution hypothétique selon laquelle chaque personne recevrait une part égale de la richesse. L'unité de mesure est représentée sur une échelle de zéro à un, zéro représentant aucune inégalité et un représentant le maximum possible d'inégalité.

  • L'indice d'espérance de vie en bonne santé (Health-Adjusted Life Expectancy -HALE), calculé par l'Organisation mondiale de la santé.

  • Le « Genuine Progress Indicator » calcule un indice pour chacune des trois dimensions du développement durable et les rassemble pour former le Genuine Progress Indicator. La composition des indices est similaire à celle de l'indice de développement humain des Nations Unies. Les indices sont quantifiés monétairement et comparés au PIB. Les indices sont comparés par rapport à une cible parfaite et au pire résultat enregistré au cours de la période couverte.

  • L'indice de bien-être humain (Human Well-Being Index - HWI) de Prescott-Allen (The Wellbeing of Nations 2001), est composé d'indicateurs de base dans les domaines suivants : santé et vie familiale, revenu et degré de satisfaction des besoins de base, santé de l'économie, niveau d'éducation et moyens de communication, droits politiques et civiques, état de paix ou de conflit armé, criminalité et égalité.

  • L'Indice de bien-être économique et social de Osberg et Sharpe consiste en une moyenne pondérée de quatre indicateurs eux-mêmes synthétiques : les flux de consommation, les stocks de richesses (économique, humaine, environnementale), les inégalités et la pauvreté, et l'insécurité économique. L'indice est utilisé pour comparer différents pays de l'OCDE et pour aider à établir des priorités.

  • L'ISEW (Index of Sustainable Economic Welfare) est un indice monétaire corrigeant le PIB sur un certain nombre de points, notamment en prenant en compte les coûts sociaux et environnementaux liés aux inégalités de revenus, à la mobilité, aux accidents de la route, à la pollution de l'air et de l'eau, aux nuisances sonores, à la perte d'écosystèmes naturels, à la diminution des réserves de ressources non renouvelables, à la lutte contre le réchauffement climatique et à l'érosion de la couche d'ozone. En revanche, le travail domestique et les dépenses publiques d'éducation et de santé sont intégrés au titre de contributions positives au bien-être.

Les indicateurs de découplage

Les indicateurs de découplage aident à mieux saisir les mécanismes d'interaction entre des tendances intervenant dans deux sphères différentes. Pratiquement, ils comparent les taux de croissance relatifs des variables environnementales et des variables économiques. Par exemple, le découplage entre les dommages causés à l'environnement et la croissance économique progresse lorsque le taux de croissance des dommages à l'environnement est inférieur à l'expansion du produit intérieur brut (PIB) pendant une période donnée.

L'OCDE a mis au point en 2002 plusieurs indicateurs de découplage pour ses examens envi-ronnementaux par les pairs : certains d'entre eux concernent le découplage entre l'activité économique et le changement climatique, la pollution atmosphérique, la qualité de l'eau, l'élimination des déchets, l'utilisation des matières et les ressources naturelles, tandis que d'autres se concentrent sur les pressions environnementales dans des secteurs tels que l'énergie, le transport, l'agriculture et l'industrie manufacturière. Ces indicateurs montrent qu'un faible découplage s'est opéré (en termes relatifs) dans les pays de l'OCDE depuis le début des années 80, mais qu'il faudra du temps avant de parvenir à un découplage marqué entre les dommages à l'environnement et l'activité économique

L'approche par capitaux

Cette approche est présentée dans le rapport intitulé « Measuring Sustainable Development », rédigé en 2009 par le groupe d'experts international « Joint UNECE/OCDE/Eurostat Working Group on Statistics for Sustainable Development (WGSSD) », à la demande de la Conférence des statisticiens européens (CES).

L'approche par capitaux repose sur la notion élargie de capital, composé des stocks d'actifs, monétaires ou pas. En suivant l'état de ces stocks, il est possible de connaître le caractère du-rable du développement de la société. Le tableau 1 présente une classification des indicateurs de développement durable basée sur cette approche.

Tableau 1

La stratégie nationale de développement durable (SNDD)

La stratégie nationale de développement durable désigne le document de politique que chaque pays est tenu d'élaborer en application de l'agenda 21 de Rio, pour préciser son plan d'action en vue d'intégrer les principes du développement durable dans ses politiques et programmes de développement.

La classification des indicateurs dans les SNDD est généralement pyramidale. Par exemple, la stratégie de développement durable de l'Union européenne est une pyramide d'indicateurs hiérarchisés selon des thèmes (au nombre de 10), sous thèmes (31) et domaines d'intervention. Les 155 indicateurs de développement durable sont hiérarchisés selon les trois niveaux :

  • Le niveau I (10 thèmes) est celui de la stratégie de développement durable : 12 indicateurs clés et 15 indicateurs de niveau 1.

  • Le niveau II (31 sous-thèmes) correspond aux politiques au service du développement durable : 45 indicateurs prioritaires ;

  • Le niveau III (domaines d'interventions) correspond aux actions et aux analyses des interrelations entre les politiques (niveau II) et permet les évaluations de ces politiques selon le point de vue du développement durable : 98 indicateurs analytiques.

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