Leçon 3 : La problématique de la politique de mobilisation de l'Épargne en Afrique

Éléments de réflexion pour une meilleure politique démobilisation de l'épargne en Afrique

Exercice : Facteurs de faible taux de mobilisation de l'EPARGNE

Question : Quelles sont les facteurs de mobilisation de l'épargne dans votre pays ? Quelles

propositions d'amélioration ?

Solution

Cette situation est pour une grande partie due à plusieurs facteurs liés à un ensemble de variables explicatifs que nous avons abordé ci-dessus.

  • L'évolution du revenu des populations de ces pays est très faible. Le taux de croissance démographique soutenu a un impact négatif sur le revenu des ménages.

  • Dans un environnement macroéconomique très instable, l'inflation n'est pas maîtrisée. Le taux d'inflation élevé freine le développement d'une épargne abondante.

  • Le taux d'intérêt réel, qui joue un rôle de contrainte de liquidité lorsqu'il est élevé, influence largement l'épargne domestique.

  • L'impact de l'épargne extérieure sur l'épargne nationale produit un effet de revenu positif. Or, depuis une longue période, cette épargne extérieure a été négative dans la plupart des pays en développement. Le taux de change effectif réel a aussi un impact non moins significatif sur l'épargne nationale.

L'insuffisance de l'épargne domestique se traduit par un déséquilibre significatif de toutes les balances de paiements courants.

Cette insuffisance de l'épargne est aussi due au fait que dans les pays en développement, les différents outils de mobilisations de l'épargne (surtout les intermédiaires financiers) n'arrivent pas à s'adapter à la situation socio-économique des acteurs (pauvreté des ménages, analphabétisme des populations...)

  • Les banques et autres investisseurs institutionnels (compagnies d'assurances, caisses de retraites) : La faiblesse du système bancaire et des investisseurs institutionnels en matière de mobilisation de l'épargne résulte de deux facteurs :

    • Le faible niveau de collecte des ressources

    • Le faible niveau d'affectation des ressources

      80 % d'Africains n'ont pas de compte en banque or Il est établi que les ménages pauvres sont prêts à déposer leur épargne financière auprès d'établissements financiers lorsqu'il existe des formules d'épargne qui leur conviennent.

  • Les OPCVM, les sociétés de capital-risque, les gestionnaires de patrimoines ainsi que les sociétés d'informations financières n'existent quasiment pas et quand elles existent, sont peu actives

  • Les marchés financiers : Les marchés financiers en Afrique se sont développés en trois vagues. La première, au début du siècle, a touché le nouvel eldorado sud-africain et deux pays commerçants sous protectorat étranger: le Maroc et l'Egypte. La deuxième vague a vu plusieurs pays accédant à une certaine autonomie ou à l'indépendance se doter de marchés financiers (Zimbabwe, Kenya, Nigeria, Namibie). Enfin, depuis la fin des années 1970, des marchés financiers se sont ouverts dans de nombreux pays africains. Dans certains cas, la création d'une bourse a correspondu à une certaine maturité du développement économique (Tunisie, Maurice). Mais, plus fréquemment, l'ouverture d'un marché financier a procédé d'une action volontariste des autorités, dans le cadre d'une stratégie d'approfondissement financier et de développement du secteur privé, mais aussi d'une démarche politique. L'existence d'un marché financier est en effet un élément de prestige et un gage de modernité. C'est cette logique qui sous-tend les projets en cours de création de bourses de valeurs en Afrique. L'analyse du fonctionnement des marchés existant sur le continent n'est pourtant guère encourageante. A l'exception de celle de Johannesburg, les bourses africaines sont microscopiques, leur activité est très faible, leur fonctionnement reste fruste. Elles ne participent que marginalement au financement de l'économie et n'offrent qu'une gamme très limitée de produits financiers.

Ces nombreuses insuffisances du système financier des pays en développement empêchant ainsi une grande mobilisation de l'épargne, ne doivent pas conduire au découragement mais plutôt à l'examen de pistes de solutions adaptées à la spécificité de ces économies. Ces pistes de solutions découlent directement de l'état des lieux que nous venons de dresser aux paragraphes supra. Cependant, elles présupposent, d'une part, la paix et une stabilité des Institutions politiques au niveau de ces Etats et d'autre part, elles reposent sur l'efficacité avérée non seulement en matière de mobilisation de l'épargne ; mais également dans la capacité à drainer celle-ci vers les secteurs productifs et rentables.

“Développer l'épargne et s'assurer qu'elle est orientée vers des investissements productifs est essentiel pour la croissance économique”, note le rapport 2005 du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies intitulé Mobiliser les ressources financières nationales pour le développement. Le rapport affirme que “ces objectifs devraient par conséquent être une préoccupation centrale des décideurs nationaux.”

Actuellement cependant, les pays africains n'ont pas la capacité d'orienter efficacement l'épargne nationale vers les investissements productifs à cause de leurs “systèmes financiers peu diversifiés” et d'institutions financières peu performantes, note M. Gayi. Il suggère la mise sur pied de fonds d'investissements à long terme. “Les ressources nécessaires pourraient être mises en commun par un large rassemblement d'opérateurs financiers possédant d'importantes liquidités, comme les compagnies d'assurance, les banques privées ou les fonds de pension.”

Quand il y a un boom des matières premières ou des revenus d'exportation plus élevés que prévus, ajoute M. Gayi, “une partie de cette aubaine pourrait être allouée à ce fonds.” “Les politiques qui aident les pays africains à améliorer la mobilisation et l'utilisation de leurs ressources nationales pourraient ainsi profiter à l'économie en général.”

Ces pistes de solutions peuvent s'articuler autour des points suivants :

  • La diversification des produits de collecte de l'épargne domestique ;

Au sommet de l'Union africaine tenu en juillet 2007 au Ghana, les dirigeants du continent ont lancé une initiative destinée à exploiter les ressources locales pour financer le développement des infrastructures africaines. Le Fonds panafricain de développement des infrastructures (PAIDF) qui rentre dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), le plan de développement du continent, cherche à trouver des ressources principalement auprès des fonds de pension publics et privés et des sociétés de services fiduciaires de l'Afrique. Le PAIDF investira directement dans les grands projets d'infrastructure africains : énergie, réseau routier, informatique et télécommunications, adduction d'eau. Il investira aussi dans le capital de sociétés propriétaires d'infrastructures ou d'équipements similaires, ou qui en contrôlent, en assurent le fonctionnement ou la gestion. Firmino Mucavele, à l'époque Directeur du secrétariat du NEPAD à Pretoria en Afrique du Sud, déclarait que l'objectif était d'investir dans les projets qui généreront des rendements importants.

En juillet 2008, le fonds s'est fixé l'objectif de recueillir 1 milliard de dollars dont environ 625 millions avaient été obtenus à la date de son lancement. Les actionnaires potentiels du PAIDF sont des fonds de pension régionaux réputés, tels que la société d'investissement public (Public Investment Corporation) sud-africaine qui détient des actifs de plus de 90 milliards de dollars, et des fonds similaires du Nigeria, du Ghana, de Namibie et du Botswana.

Jusqu'ici, les gestionnaires des fonds de pension africains publics et privés qui cherchaient à obtenir sécurité et rendements élevés, investissaient une grande partie de leurs ressources dans des sociétés et des valeurs mobilières à l'extérieur de l'Afrique, contribuant ainsi à la sortie des capitaux du continent. En essayant de diriger une petite portion de ces flux financiers vers l'intérieur, ainsi que par d'autres initiatives parallèles, les gouvernements africains tentent aujourd'hui de renforcer l'épargne nationale sur le continent

  • Le raffermissement de la crédibilité et la sécurité des moyens de paiement ;

    Plusieurs études ont montré que la sécurité de l'épargne et la confiance dans le dépositaire, autrement dit, «le facteur confiance » est un facteur influent dans la décision d'ouvrir un compte d'épargne

  • Le dynamisme des marchés financiers ;

  • L'adoption d'une politique d'augmentation des revenus ;

  • La maîtrise de l'inflation ;

  • Une politique de réduction du taux de dépendance économique ;

  • Une politique d'incitation à l'épargne extérieure ;

  • La contribution des nouvelles technologies

Les récents développements technologiques de la téléphonie mobile peuvent aider à améliorer l'accès des plus pauvres aux services financiers, et on l'espère, à mobiliser l'épargne. En Afrique du Sud, en République démocratique du Congo, en Zambie et au Kenya la téléphonie mobile a étendu les services bancaires à des régions éloignées où les banques traditionnelles étaient physiquement absentes ou trop chères. Les abonnés au téléphone peuvent ouvrir un compte, vérifier leur solde, régler des factures ou transférer de l'argent (cf. Afrique Renouveau, janvier 2008).

Bien que peu d'Africains aient un compte en banque, selon l'Union internationale des télécommunications, près de 80 millions ont un téléphone cellulaire. FinMark Trust, un cabinet d'études qui veut rendre les services financiers plus accessibles, rapporte qu'au Kenya et au Botswana 17 % de ceux qui n'ont pas de compte en banque ont néanmoins un téléphone mobile. Au Kenya, 1 million de personnes utilisent le système de paiement par téléphonie mobile M-Pesa.

  • Une meilleure articulation entre le secteur formel et le secteur informel.

    Dans de nombreux pays d'Afrique, gouvernements et banques changent la manière dont ils opèrent. Au Nigeria, une série de réformes du secteur bancaire lancées en 2004 a limité la participation de l'Etat dans les banques et introduit une plus forte concurrence, ce qui a mené au rachat des petites banques par des banques plus importantes et à des fusions.

    La filiale de la Standard Trust Bank au Ghana, aujourd'hui United Bank of Africa, a introduit un compte “zéro-dépôt” qui permet d'ouvrir un compte sans, dans un premier temps, déposer d'argent, ce qui a multiplié son nombre de clients.

C'est dans le cadre de dernière piste de solutions qu'il faut inscrire l'émergence des Systèmes Financiers de Développement (SFD) à travers des Institutions formelles de Micro finance et les systèmes informels tels les tontines.

Dans la plupart des pays en développement, l'épargne forme deux sphères structurées selon deux logiques différentes :

  • Une sphère officielle, légale régie par une réglementation : l'épargne formelle.

  • Une sphère informelle échappant à toute contrainte fiscale et réglementaire et touchant une partie importante des populations, surtout les plus défavorisées : l'épargne informelle.

Cette situation est caractérisée par un dualisme financier au sens large comme la juxtaposition des secteurs formel et informel en matière de financement.

L'épargne formelle concerne les banques, les institutions financières, les sociétés d'assurance et les institutions de micro finance. Ces dernières connaissent un essor fulgurant. Elles sont caractérisées par leur facilité d'accès au crédit qui, jusque là, était très difficile avec les banques.

Le système informel regroupe :

  • les associations tontinières

« (D'après la thèse de J. Moulin, le mot Tontines vient du nom de son initiateur, le banquier napolitain Lorenzo Tonti qui, en 1653, proposa au Cardinal Mazarin une combinaison d'emprunt fondé sur un principe nouveau. Il s'agissait d'un emprunt d'État en contrepartie de rentes viagères. Dans l'acception courante on donnait ce nom à toute opération financière ayant pour objet la mise en commun de fonds destinés à être partagés entre les sociétaires vivant à une époque fixée d'avance ou à être.) »

  • les personnes physiques

  • les commerçants

  • les employeurs et groupements, en développant des réseaux de solidarité.

Le système est régi par des règles simples et adaptées au pouvoir d'achat de la clientèle.

L'inefficacité du secteur financier formel, due en grande partie à la sa rigidité de ce secteur et à l'omniprésence des pouvoirs publics, principalement en matière de fixation des taux d'intérêt, ont pour conséquence la présence du secteur informel à côté du secteur formel.

La naissance des associations rotatives d'épargne et de crédit est marquée par la manifestation de l'expression de la volonté d'un groupe pour satisfaire les besoins d'épargne de ses membres.

Leurs motivations ne sont pas seulement d'ordre économique mais peuvent être aussi des motivations sociales.

Toutefois, l'épargne informelle présente des limites liées essentiellement à la nature très particulière de ces organisations.

Il appartient donc aux gouvernants et aux intellectuels (économistes et financiers notamment) de ces pays de trouver les moyens de capter cette épargne par la création de produits et d'acteurs nouveaux.

En Afrique, de nombreuses activités économiques se déroulent dans le secteur informel. De nombreux ménages ont des économies, mais “le problème est qu'elles sont conservées sous des formes non financières, a déclaré M. Gayi à Afrique Renouveau, elles ne sont pas suffisamment dirigées vers des investissements productifs.”

De nombreux Africains conservent encore la plus grande partie de leur épargne sous forme de bétail, de stocks de marchandises destinées au commerce, de céréales, de bijoux ou de matériaux de construction. Les données sont peu nombreuses, mais certains experts estiment qu'environ 80 % des avoirs détenus par les ménages ruraux d'Afrique le sont sous une forme non financière.

Avoir accès à cette épargne nécessite “l'introduction de nouveaux produits ou instruments financiers qui répondent aux besoins d'épargne des ménages”, estime M. Gayi de la CNUCED. Des produits qui “permettent un accès facile” à cette épargne et autorisent “de petites transactions à intervalles fréquents” encourageraient les ménages à passer au système bancaire conventionnel, rendant ainsi ces avoirs disponibles pour l'investissement productif, affirme-t-il.

En Ouganda, selon une enquête approfondie citée par le Fonds d'équipement des Nations Unies (FENU), au cours des 12 mois de l'étude, les détenteurs de comptes bancaires avaient épargné trois fois plus que ceux qui détenaient leurs avoirs dans les “secteurs semi-formel et informel.”

Le FENU notait dans son rapport 2004 qu'au Rwanda environ un demi-million de comptes d'épargne avec livret, dont le montant moyen de dépôts était de 57 dollars, avaient mis près de 40 millions de dollars en circulation en 2001. “Bien que cela puisse apparaître relativement insignifiant, expliquait le FENU, la circulation appropriée de ces fonds sous forme de produits de crédit pourrait avoir un effet démultiplicateur important pour l'économie du Rwanda.”

Au Ghana, la libéralisation du secteur financier a introduit une plus grande concurrence et forcé les banques à être plus novatrices et à faire des efforts pour attirer la clientèle. En 2006, Barclays Bank Ghana a commencé à travailler avec des agents susu qui déposent l'épargne collective de leurs mandants à la banque, qui les rétribue et leur accorde des facilités d'emprunt.

Le susu est la plus ancienne forme de collecte de l'argent au Ghana. Dans ce système, un groupe fait une contribution régulière à un fonds commun détenu par un agent percepteur susu. Chaque membre du groupe reçoit à tour de rôle à la fin d'un cycle le total des sommes recueillies pour les investir ou répondre à d'autres besoins. Dans certains cas, l'argent est remboursé aux membres tous les 31 jours, une contribution d'un jour étant perçue pour couvrir les frais du fonds.

Beaucoup de commerçantes des marchés préfèrent confier leur argent à un percepteur susu que de laisser leurs marchandises sans surveillance sur le marché pendant qu'elles vont à la banque. A la différence des banquiers traditionnels, les percepteurs susu passent à l'étal ou à la maison de leurs clients pour recueillir leur contribution quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, suivant les circonstances. Il n'y a pratiquement pas de formalités pour le client. L'activité de ces agents percepteurs sur des marchés qui sont hors de la portée des banques traditionnelles est fondée sur les rapports personnels, la confiance et différentes formes de garantie.

Le Ghana compte environ 5 000 de ces percepteurs qui ont plus de 2 millions de clients. La banque Barclays collabore aujourd'hui avec 100 de ces intermédiaires et espère en recruter d'autres.

Au Bénin, à la suite de la réforme du secteur financier opérée dans les années 1990, le gouvernement a introduit un programme de caisses d'épargne rurales pour mieux servir les plus pauvres. Le FENU notait dans son rapport 2004 que “l'économie a connu une croissance annuelle de 5 % au cours des cinq dernières années à la suite de ces interventions.” Il ajoutait qu'une bonne politique financière et la mise en place de systèmes d'épargne sûrs et accessibles amélioreraient le taux d'épargne et que des investissements intérieurs accrus stimuleraient la croissance de l'économie.

Pour accroître l'épargne, “la réglementation bancaire doit être adaptée pour encourager les institutions de micro-finance qui ont les capacités de mobiliser légalement les économies de leurs clients ou du grand public”, déclare M. Thisen de la CEA.

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