Introduction
La micro-économie classique s'appuie sur un certain nombre d'hypothèses qui semblent parfois peu réalistes. L'information est censée être parfaite, les transactions n'ont pas de coût, des individus rationnels prennent des décisions à caractère non stratégique, les biens et services échangés sont des biens et services marchands et il n'y a pas d'externalité de consommation ni d'externalité de production et il n'y a pas d'incertitude dans la consommation ni dans la production des biens et les services. Elle propose une représentation du fonctionnement de la société, qui repose sur un ensemble d'hypothèses censées tenir compte des caractéristiques considérées comme importantes. Les hypothèses ont pour but de décrire l'échange marchand ; elles reposent sur deux principes : la rationalité et la concurrence parfaite.
La microéconomie traditionnelle se borne à étudier l'échange marchand entre des individus rationnels en situation de concurrence parfaite. Encore faut-il expliquer comment peut concrètement fonctionner un marché de concurrence parfaite. Tel est l'objet du modèle walrasien de marché. Selon ce modèle, le prix est annoncé par un commissaire-priseur. Les agents sont preneurs de prix : ils considèrent le prix comme donné. En effet, les individus ont une importance négligeable par rapport à l'ensemble du marché. Ils ne peuvent agir sur les prix qu'en modifiant le volume de leur demande ou de leur offre individuelle. Le commissaire-priseur trouve le prix qui égalise l'offre et la demande grâce à un processus de tâtonnement qui peut se décrire de la manière suivante : le commissaire-priseur annonce un prix pour lequel tous les agents lui communiquent leurs offres et demandes. Il confronte l'offre et la demande pour ce prix et propose un nouveau prix plus bas s'il y a un excès d'offre et plus élevé s'il y a un excès de demande. Ce processus continue jusqu'à ce que le prix égalise l'offre et la demande. Il n'y a pas d'échange durant le tâtonnement, les agents se contentent de communiquer leurs offres et leurs demandes pour les prix annoncés, les échanges ont lieu seulement lorsque l'offre est égale à la demande.
Notion de rationalité
En économie, le principe de rationalité signifie que les individus agissent en utilisant au mieux les ressources dont ils disposent, compte tenu des contraintes qu'ils subissent. Cette définition appelle trois commentaires: Tout d'abord, l'individu rationnel ou encore l'homo oeconomicus, est égoïste : il tient uniquement compte que de son propre intérêt. En affirmant que ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du boulanger ou du marchand de bière dont nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts ; Adam Smith (1776) soutenait que l'égoïsme n'est pas nécessairement néfaste, car l'individu égoïste est conduit par une main invisible de telle sorte qu'en poursuivant son propre intérêt, il fait souvent avancer celui de la société plus efficacement que s'il y visait vraiment.
Ensuite, il constitue en outre une unité de décision autonome : son comportement n'est pas déterminé par des habituelles sociales consciemment ou inconsciemment assimilées. Son comportement est défini indépendamment de toute contrainte macro-sociale.
Enfin, l'individu rationnel est maximisateur, il effectue des choix qui maximisent sa satisfaction. En d'autres termes, le consommateur rationnel opère des choix cohérents c'est-à-dire :
X ≥ Y et Y ≥ Z X ≥ Z c'est l'hypothèse de transitivité qui traduit en quelque sorte la cohérence des choix.
L'expression « rationalité économique » est employée couramment pour décrire le comportement du consommateur ou du producteur abstrait. La rationalité économique constitue l'hypothèse centrale de la théorie économique. La question de savoir s'il est possible de rendre autonome le comportement économique de l'homme et de l'abstraire de ses autres dimensions sociales est cependant posée et marque bien les limites de validité de l'analyse ainsi fondée. On considère traditionnellement la rationalité économique comme une rationalité de moyens au service de fins qui lui seraient extérieures, et l'on distingue la rationalité de l'agent de celle du système. La recherche de rationalités collectives, en dépassant ces distinctions trop rigides, en faisant appel, au-delà de la seule efficacité, aux notions de cohérence, de stratégie, montre que la dimension économique de l'action rationnelle ne peut être isolée, que les fins et les moyens ne sont pas entièrement séparables et que la rationalité des agents perdrait son sens dans un système dont les résultats seraient jugés de plus en plus irrationnels.
En une première acception, la « rationalité économique » peut être tenue pour le fondement de la science économique positive. Elle consiste à isoler dans le champ de l'action sociale un domaine bien déterminé dans lequel les agents, individus ou entreprises, présentent un comportement obéissant à des principes considérés comme rationnels : recherche du maximum de satisfaction, du minimum d'effort pour un objectif déterminé. Selon M. Allais, « un homme est réputé rationnel lorsque : a) il poursuit des fins cohérentes avec elles-mêmes ; b) il emploie des moyens appropriés aux fins poursuivies ».
La rationalité limitée (bounded rationality) désigne une hypothèse sur la rationalité des acteurs économiques qui consiste à considérer qu'ils disposent d'une quantité d'information et de capacités cognitives limitées ne leur permettant pas d'optimiser leurs choix. Cette hypothèse prend à contrepied l'hypothèse de rationalité classique des acteurs économique qui sont eux censés pouvoir établir de manière claire et immédiate leurs préférences. Par exemple, avec une rationalité de type classique, un acteur est en mesure de déterminer parmi tous les choix possibles qu'il préfèrera tel choix, alors qu'avec une rationalité limitée, un acteur s'arrêtera lorsqu'il estimera son choix satisfaisant compte tenu du temps et de l'information dont il dispose pour le réaliser.
Le concept de rationalité limitée a été forgé par Herbert Simon dans Administrative Behavior (1947). Cette nouvelle hypothèse de rationalité a permis de renouveler la manière dont les économistes ont analysé la décision en réintroduisant notamment la notion de contrainte temporelle et de contrainte cognitive. Herbert Simon a fondé son concept sur la critique de la théorie économique de l'époque, qui avec ses critères trop abstraits, empêchait de comprendre la rationalité de certaines décisions. Ces décisions pouvaient apparaître, à l'examen, absurdes alors qu'elles correspondaient à une situation de choix sous contrainte. Pour comprendre la manière dont Herbert Simon redéfinit la rationalité classique, il est possible d'établir le tableau suivant.
Tableau de comparaison
Rationalité classique
Rationalité limitée
Accès illimité à l'information
Accès limité à l'information
Capacité cognitive d'optimisation
Capacité cognitive de satisfaction
Vision claire des préférences
Vision floue des préférences
Tout d'abord, il faut admettre selon Simon, qu'un individu ne dispose pas d'un accès illimité à l'information, notamment parce que s'informer demande à la fois des ressources en termes d'argent, de temps, mais aussi en capital social. Ensuite, un individu dispose de capacités cognitives qui ne lui permettent pas à la manière des ordinateurs d'obtenir une vue synoptique de toutes les situations dans lesquelles il se trouve, avec pour chacune, une analyse en termes de coûts et de bénéfices. Il ne peut donc pas optimiser son choix, c'est-à-dire sélectionner objectivement le meilleur de tous les choix possibles. En revanche, il peut sélectionner le meilleur choix possible du point de vue de ses propres critères de satisfaction : il arrête sa recherche d'information lorsqu'il estime que la solution à laquelle il est parvenu lui semble la meilleure possible subjectivement. Enfin, un individu réel n'a pas toujours une vision claire de ce qu'il veut : bien souvent ses préférences sont amenées à évoluer en fonction du temps et des situations qu'il traverse. Ses préférences peuvent également apparaître contradictoires ou bien encore après coup. Il faut donc supposer des individus aux préférences floues.
Les conditions de la concurrence pure et parfaite
Les principes de la concurrence pure et parfaite sont : l'atomicité du marché (multitude de demandeurs et d'offreurs) est nécessaire pour qu'aucun des agents ne puisse à lui seul maîtriser le prix ou le niveau de production ; grâce à l'homogénéité des produits (ceux-ci sont semblables afin d'être comparables), la concurrence s'effectue sur le prix et non sur la qualité du produit ; la libre entrée et la libre sortie du marché permettent de fluidifier ce dernier, la transparence du marché autorise toutes les informations nécessaires à l'ensemble des agents et enfin, la mobilité signifie la libre circulation des biens et des agents économiques.
L'équilibre général est un état dans lequel tous les marchés sont en équilibre simultané, les marchés étant ceux des facteurs de production, des biens et services, du travail et des capitaux. La théorie de l'équilibre général étudie comment les prix se déterminent simultanément sur tous les marchés, en respectant les fonctions d'utilité et de production des différents agents. L'activité économique depuis Quesnay, a été conçue comme un ensemble interdépendant dont la détermination des quantités et des prix, sur un marché, dépend des grandeurs ayant cours sur un ou plusieurs autres marchés. Ce n'est que vers la fin du 19ème siècle que Marshall et Hicks tenteront de simplifier l'analyse économique en la situant au niveau d'un marché unique pour un et un seul bien. Les prix et les quantités ainsi déterminés le sont à l'équilibre partiel.
Cet équilibre partiel cependant, ignore les influences des autres marchés qui sont de nature à faire varier les quantités et les prix. Ainsi, le prix d'attiéké sur le marché de Cocody est influencé par celui du manioc à Bonoua, par le prix du travail agricole (salaire), du transporteur, par le prix du litre d'essence, lui-même influencé par la taxe sur l'essence imposée par l'Etat, par le prix du véhicule importé, etc. La détermination d'un prix dit prix d'équilibre sur le marché de l'attiéké sera donc le résultat d'ajustements nécessaires à faire sur l'ensemble des autres marchés qui peuvent l'affecter. Cette approche de l'allocation des ressources rares par les prix a été remise en valeur par les marginalistes de l'école de Lausanne, notamment avec Walras et Pareto. Ainsi, le problème dans cette approche est celui de savoir s'il existe un ensemble de prix (un vecteur prix) sur tous les marchés, qui soit compatible avec le maximum d'objets possibles que le consommateur souhaiterait acquérir. En d'autres termes, il s'agit ici de déterminer un vecteur prix qui soit compatible avec les plans optimaux de consommation ou de production, des agents économiques. La résolution d'un tel problème, posé clairement par Walras, n'a pu être possible qu'avec Debreu, Arrow et Hahn (1971). Un tel vecteur prix s'il existe, permettra alors de déterminer l'équilibre général de l'ensemble des marchés. Cet équilibre permet aux agents économiques de réaliser effectivement leurs plans optimaux.





