Concurrence imparfaite et rigidité des prix : l'apport d'Akerlof

Dans un article célèbre intitulé « The market for lemons: quality uncertainly and the market mechainims » apparu dans the Quaterly Journal of Economics 1970. Akerlof va démontrer que le prix n'est pas nécessairement synonyme de qualité, bonne ou mauvaise selon son évolution. Pour cela, il prend l'exemple d'un marché de cent voitures d'occasion où cinquante sont des modèles de mauvaise qualité et cinquante sont des modèles de bonne qualité. Qui connaît la qualité du modèle proposé ?
Certainement pas l'acheteur. Seul le propriétaire dispose de l'information. Pour les acheteurs potentiels, l'asymétrie d'information est totale. Quel sera le prix du marché? Tout laisse à penser que le propriétaire d'une voiture de mauvaise voiture est prêt à le vendre beaucoup moins cher que le propriétaire d'une voiture de bonne qualité. Soit par exemple : 3000 euros pour le premier et 6000 euros pour le second. Le même raisonnement conduit les acheteurs à retenir un prix plafond légèrement supérieur soit 3300 euros et 6600 euros. Si la qualité des modèles est parfaitement identifiée, pas de problèmes. Les fourchettes de prix seront respectivement de 3000 –3300 et de 6000 – 6600 euros. Par contre, que se passe-t-il si l'acheteur est incapable d'estimer la qualité du modèle proposé, asymétrie d'information oblige ? A cette question, Akerlof répond en proposant un prix unique sur le marché qui pourrait être la moyenne des deux prix plafonds retenus dans l'hypothèse d'une information parfaite, soit (3300 + 6600)/ 2 = 4950 euros. Mais à ce prix, seuls seront en vente les modèles de médiocre qualité.
Sélection adverse et choix de la qualité
Reprenons l'exemple précédent, au prix de 4450 euros, les propriétaires des modèles de bonne qualité se retirent du marché, le prix de marché étant trop éloigné de leur prix minima (6000 euros). L'asymétrie de l'information exclut donc du marché les produits de bonne qualité au profit des produits de moindre qualité. C'est ce qu'on appelle sélection adverse.
Sélection adverse et marché concurrentiel
Si on s'en tient au modèle de concurrence, chaque producteur sait n'exercer qu'un effet très négligeable sur le prix de marché. Le prix lui est globalement imposé. Il aura donc tendance à rechercher à produire au moindre coût, faisant ainsi encore la part belle aux produits de moindre qualité. Comme le prix du marché était supposé tenir compte d'une production partielle de produit de bonne qualité, les producteurs restant sur le marché sont gagnants, mais à une condition, que le consommateur accepte de payer ce prix du marché. Ce qui est rendu possible par l'asymétrie d'information.
Sélection adverse et hasard moral
Avec la sélection adverse, nous avons privilégié des situations où l'asymétrie d'information concerne la nature et la qualité des biens offerts sur le marché mais il est difficile d'anticiper le comportement de l'acheteur après l'achat. On parlera alors de comportement caché ou l'aléa moral ou de hasard moral. Cette absence de connaissance parfaite du comportement après achat conduit à une situation où le marché ne peut être traité de façon globale. Chaque cas devient un cas particulier.
Prenons l'exemple de l'assurance santé, deux questions se posent : celle du système d'assurance et celle de la réaction de l'assuré après être assuré. En ce qui concerne le choix du système, les compagnies ont plusieurs options. Elles peuvent par exemple retenir une prime qui est supposée couvrir un risque moyen s'appliquant à l'ensemble de la population. L'assurance n'étant pas obligatoire, on peut raisonnablement penser que les tranches d'âges les plus jeunes de la population ne vont pas s'assurer, privant la compagnie de recettes attendues et nécessaires à son équilibre financier. A l'inverse, les dépenses engagées par celles et ceux, qui ont décidé de s'assurer, sont beaucoup plus importantes en volume et valeur, que celles retenues dans l'hypothèse d'un risque moyen. On sait par certitude, en effet, que les dépenses de santé après 60 ans sont sans commune mesure avec celles de la tranche des jeunes et des adultes.
Un tel choix conduit à la faillite du système. La sélection adverse s'est traduite par le refus de s'assurer d'un grand nombre de clients potentiels jugeant la prime d'assurance trop élevée par rapport au risque encouru. La compagnie d'assurance peut alors envisager une autre solution : celle de proposer des primes différentes selon les tranches d'âge. Pour les plus jeunes, la prime se trouve alors très minorée par rapport à l'hypothèse précédente. Ce qui doit conduire à l'adhésion d'un grand nombre de jeunes compte tenu de la modicité de la prime. Pour les tranches d'âge supérieur à soixante ans, l'augmentation très significative de la prime sera sans conséquence car les éventuels bénéficiaires n'auront pas le choix, compte tenu de leur âge. Dernière solution, rendre l'assurance obligatoire et imposer aux plus jeunes une prime d'assurance égale à celle que paient les plus âgés. Le montant de la prime est alors calculé en anticipant les dépenses globales de santé. Sachant que les plus âgés ont été un jour les plus jeunes, ce n'est pas nécessairement le système le plus injuste sur une longue période, permettant à la fois de contrecarrer les effets pervers de la sélection adverse et de parvenir à l'équilibre financier.





